Les graveurs

Delphine Muller

Deux sources ont vivifié une réflexion sur ma pratique artistique: l'une remonte à mes années d'enfance passées au pied des Vosges du Nord, où je garde le souvenir de longues balades en forêt. Les forêts abritent nos contes et légendes, se changeant ainsi en lieux fantastiques. A les regarder de plus près, nos yeux arrivent aussi à percevoir des nuances, des teintes et des formes s'entrelaçant. L'autre source jaillit beaucoup plus tard lorsque je fut fascinée par le travail de deux artistes graveurs: Dürer et sa célèbre gravure du Rhinocéros (1515) conjugue étude naturaliste et légende, étonnant de vérité pour quelqu'un qui n'avait jamais vu l'animal; et les impressionnantes gravures de Philippe Molhitz qui, par son travail méticuleux, révèle une profusion de détails et redonne au burin ses lettres de noblesse. Dans mes gravures et mes dessins, le règne animal et le règne végétal s'imbriquent ensemble pour créer une nouvelle entité: un paysage métamorphosé. Fruit d'une mutation, cette combinaison est une manière de concevoir l'animal et le végétal comme étant inséparables de leur espace vital auquel ils contribuent.

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